Depuis quelques années, à chaque période de grands froids, les médias répandent les notions de température ressentie ou plus exactement (et juste scientifiquement) d'Indice de Refroidissement Eolien (équivalent du Windchill canadien). Ces notions de ressenti nous viennent d'ailleurs directement d'Amérique du Nord où cet indice a été développé pour la première fois par Paul Siple, célèbre explorateur de l'Antarctique et Charles F. Passel peu avant la seconde guerre mondiale. Réactualisé et affiné en 2001, il se popularise peu à peu en Europe et en France, notamment après la vague de froid de février 2012. Toutefois, attention aux raccourcis et aux prévisions "racoleuses" qui abusent de cet indice dans un but un peu plus sensationnaliste. ATMO-RISK vous propose donc d'en savoir un peu plus et vous fourni un tableau de valeurs pour estimer vous-même cet indice en fonction des conditions observées. 

  

Un indice bioclimatique avant tout

IRE organisme

L'indice de refroidissement éolien désigne l'effet combiné du froid et du vent sur le corps humain. En effet, grâce à notre métabolisme et chaleur internes, une fine couche d'air isolante (et donc protectrice) se forme à la surface de notre peau, lui permettant de conserver une température à peu près constante, en particulier lorsqu'elle se trouve couverte par nos vêtements. Cependant, exposé au vent, le corps perd cette couche protectrice. De plus, la transpiration va également jouer un rôle. En temps normal, elle permet de dégager de l'air humide autour du corps qui favorise également une température stable. Sous l'effet du vent, cette humidité est dispersée, remplacée par de l'air sec qui va favoriser l'évaporation et donc le refroidissement.

Ci-contre, les mécanismes qui régissent le refroidissement éolien (c) Journal de Montréal  

 

Une combinaison température/vent

Ainsi, le concept de refroidissement éolien prend à la fois en compte la température réelle de l'air pour la combiner à la vitesse du vent. Plus la température est basse et plus l'impact du vent sur la température perçue par le corps humain est grand. Par exemple, une température de −20°C et un vent de 50 km/h font baisser la température perçue par le corps de 15 °C, soit l'équivalent d'une température de −35°C par temps calme (sans vent). La température ressentie ou IRE sera donc de -35. Comme il s'agit d'un indice et non d'une température, on n'ajoute pas de mention "degrés ou °C" derrière. Ainsi, la définition même de "température ressentie" que l'on entend partout n'est pas forcément rigoureuse.

tableau IRE

Tableau de l'indice de refroidissement éolien (c) ATMO-RISK

Limites d'utilisation

L'utilisation de cet indice devient de plus en plus systématique en France depuis quelques années mais sa pertinence reste relativement limitée et surtout, sa banalisation dans les informations et prévisions météo fait courir un risque accru de mauvaises interprétations.

Ainsi, en 2015, son utilisation fréquente dans les médias canadiens a fait l'objet de plaintes et d'un rapport officiel, incitant notamment Radio Canada à utiliser cet indice avec parcimonie. Le rapport indique notamment que « La présentation au public de l’indice de refroidissement éolien dans les segments météo de Radio-Canada enfreint souvent et régulièrement la valeur d’exactitude des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada ». Toujours selon ce rapport, l’indice est « très souvent mal compris et mal interprété » et utilisé à tort « comme un instrument de mesure, ce qu’il n’est pas ».

 

BFM froid

 L'indice de refroidissement éolien n'a pas d'unité ! Parler de "température ressentie" avec des °C est donc une -fausse- approximation, pourtant visible partout dans les médias français depuis 2012.

Chez ATMO-RISK, nous utilisons donc cet indice avec parcimonie et surtout avec toutes les précautions d'usage qui s'imposent (sans unité et en l'associant systématiquement aux températures et rafales de vent). Les températures relevées sous abris restent par ailleurs la seule mesure informative de référence pour illustrer et caractériser une masse d'air.